"Ne faites pas que répéter, ressentez l'intention"
"Ne faites pas que répéter, ressentez l'intention"
En guise de développement, je vous propose deux courts textes inspirés par les réflexions d'un Aikidoka, Gabriel Benitez, sur le travail des bases et la force de l'intention.
En ce début de saison, je trouve intéressant de mettre en parallèle ces deux textes, l'un sur les basiques, l'autre sur l'intention :
- Pour les camarades qui nous rejoignent cette année, et qui parfois (souvent ?) s'interrogeront sur la pertinence de toujours "répéter la même chose".
- Pour les plus anciens, qui, quand on regarde le curriculum du Wing Chun en 6 formes sont arrivés à la moitié du chemin ... et auxquels j'ai promis de les faire cette année "tout reprendre depuis le début ". Le paysage est différent quand on le regarde de plus haut.
Voici ces quelques réflexions empruntées à Gabriel Benitez :
La répétition des bases :
Le travail des basiques est au cœur de la pratique.
Nous avons l’habitude d’appeler ce travail répétitif « les bases », ce qui peut nous amener à imaginer quelque chose qui appartiendrait exclusivement au début du chemin : on apprend les fondamentaux, on les laisse derrière soi, puis on avance vers des techniques plus complexes.
Pourtant, après de nombreuses années de pratique, il se produit tout autre chose. On revient encore et encore aux mêmes mouvements, pour découvrir qu’ils recèlent toujours des interrogations.
La posture, le déplacement, la saisie, la distance, le travail des hanches, l’équilibre et la liaison entre les mains et le corps ne disparaissent pas lorsque nous apprenons des techniques avancées. Ils en sont le cœur même. Si ces éléments sont faibles, ajouter de la complexité ne fait que masquer l’origine du problème. C’est pourquoi un pratiquant expérimenté trouvera autant d’enseignements dans un pivot, un déplacement élémentaire que dans une forme bien plus élaborée.
Il y a une clé essentielle dans cette logique : progresser ne signifie pas toujours s’éloigner du point de départ. Bien souvent, cela signifie y revenir avec de meilleures questions.
Ce qui semblait simple à nos débuts prend alors une tout autre profondeur, car nous avons désormais l’expérience nécessaire pour percevoir des nuances dont nous ignorions jusqu’à l’existence.
Le travail des fondamentaux n’est pas une marche inférieure que l'on abandonne derrière soi. Il est au centre de tout ce que nous faisons.
La force de l'intention, ce qui se cache derrière le travail des bases :
"Une attaque peut être rapide et, pourtant, manquer de véritable intention.
Elle peut aussi être relativement lente et nous obliger à travailler avec une énorme précision, parce que le partenaire qui « reçoit » la technique conserve son centre et sa structure.
Au dojo, nous apprenons que la qualité d'une action ne dépend pas seulement de sa vitesse : ce qui compte, c'est la mesure dans laquelle le corps, le cœur et l'esprit sont engagés.
Cela modifie également notre technique. Lorsque l'intention est claire, de petits mouvements prennent une tout autre valeur.
Une "entrée" cesse d'être un simple pas, un Lap Sao (saisie) cesse d'être une main qui se referme sur un poignet ; une coupe du tranchant de la main (Sa Sao) cesse d'être le parcours d'un bras.
L'action a une direction et un but. Le corps participe d'une même décision.
En dehors du Dojo nous faisons beaucoup de choses sans nous y engager réellement. Nous écoutons tout en pensant à autre chose, nous commençons des projets que nous abandonnons dès la première difficulté, nous nous entraînons en pensant au moment où le cours prendra fin. Être physiquement à un endroit ne garantit pas que nous soyons réellement en train de faire ce que nous sommes venus faire.
L'intention n'a pas besoin d'être démonstrative ou spectaculaire.
Elle se reconnaît au fait que tout commence à se diriger vers le même endroit."
Gabriel Benitez
